Le blog du docteur k

Par Equasanté

Surpoids, obésité et cancer

Le téléphone mobile est-il cancérigène ? Et le barbecue ? Et les insecticides ? La liste des agents supposément cancérigènes s’allonge, au gré de la recherche médicale et des découvertes scientifiques. Pour autant, comparer en termes de risques l’utilisation quotidienne de 10 minutes de téléphone mobile, la consommation hebdomadaire d’une brochette de viande grillée, l’utilisation estivale d’un spray anti-moustique, avec l’inhalation de la fumée de 10 cigarettes par jour n’est pas vraiment pertinent. Les principaux agents cancérogènes sont habituellement de nature exogène, c’est-à-dire externe à notre organisme. Ces agents sont principalement :

  • chimique : alcool, tabac, pesticides, métaux lourds, hydrocarbures, solvants organiques, amiante, etc. Ils sont responsables de cancers des voies aériennes et digestives, du foie, des bronches, du poumon. L’association alcool + tabac, non rare, est particulièrement nocive.
  • physique : rayonnement UV naturel ou artificiel (mélanome)
  • organique : des micro-organismes comme les virus surtout (papillomavirus humain et cancer du col de l’utérus, hépatites à virus B et c et cancer du foie), et quelques bactéries (essentiellement Hélicobacter pylori et cancer gastrique)

A côté de ces agents cancérogènes[1] exogènes dont la nocivité est bien établie, le surpoids et l’obésité, agents endogènes, c’est-à-dire interne à notre organisme, font figure d’intrus. Pourtant, leur rôle dans la genèse de certains cancers est une fois de plus mis en évidence dans une récente étude britannique Dans cette étude, l’indice de masse corporelle (IMC) de plus de 5 millions de personnes âgées de 16 ans et plus a été suivi pendant 7½ ans. Et au cours de cette période, 3,2 % de ces personnes ont déclaré un cancer.

 

salade

L’augmentation de l’IMC influe sur quatre types de cancer

Cette étude de très grande ampleur – de par le nombre de participants et la durée du suivi – met en évidence :

  1. une corrélation positive entre IMC et cancer, qui varie selon l’organe atteint. En effet, 5 points d’IMC en plus ont augmenté significativement l’incidence de quatre types de cancers : corps de l’utérus, voies biliaires, rein et foie.
  1. une relation entre IMC et cancer qui varie selon le sexe, l’âge et le statut hormonal de la personne. Ainsi :
    • l’effet de l’augmentation de l’IMC sur le risque de cancer du foie est nettement  plus marqué chez l’homme que la femme. (Cf. graphique 1)

graphique 1 (l’axe vertical représente le risque de cancer et l’axe horizontal l’IMC)

    • les effets de l’augmentation de l’IMC sur le risque de cancer de la prostate[2] chez l’homme (Cf. graphique 2) et de cancer mammaire chez la femme non ménopausée (Cf. graphique 3) atteignent un pic pour des IMC respectivement de 27 et 22, avant de diminuer à nouveau.

graphique 2

graphique 3

 

 

 

 

 

Les fluctuations de la relation entre IMC et maladie cancéreuse suggèrent donc l’interaction de plusieurs facteurs, notamment :

  • des protéines telles que les adipokines[3]. Ces protéines semblent favoriser le risque global de cancer.
  • des hormones telles que l’insuline et l’IgF1[4] pour le cancer du foie, des hormones sexuelles (testostérone, œstrogène et progestérone) pour les cancers de la prostate et du sein.

En schématisant les relations entre IMC et cancers, il est possible de prévoir qu’une augmentation de un point d’IMC de l’ensemble de la population provoquerait chaque année au Royaume-Uni 3 790 cas supplémentaires de cancers.


[1] Cancérigène ou cancérogène : les deux mots sont synonymes. Les médecins utilisent préférentiellement le second car on le retrouve dans le mot cancérogenèse.

[2] L’âge médian au moment du diagnostic est de 70 ans (données INCa 2009)

[3] Protéines secrétées par le tissu adipeux

[4] Insulin-like growth factor 1

 

 

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